Au fil des jours...

10 décembre 2014

Équilibristes en action

L'équilibre d'une vie n'est qu'un leurre qui ne résiste jamais au temps qui passe. Chaque jour, souvent imperceptiblement, le déséquilibre s'installe, nous obligeant à tenter le rééquilibrage que la bienséance nous pousse à considérer comme indispensable... Et pourtant, le pas qui nous permet d'avancer est bien l'art du déséquilibre permanent ; alors, pourquoi lutter pour maintenir l'équilibre ?

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Tout cela est aussi imprévisible que la pluie que l'on entend arriver soudain par le lointain. Sa rumeur, son grondement, augmente au fur et à mesure que le vent la pousse à frapper sur les toits de tôle, tambours improvisés. Parfois la tempête s'installe chez vous, envahissant d'un seul coup tout l'espace sonore à un point tel que l'on ne s'entend même plus penser. Durera-t-elle quelques secondes, quelques minutes ou bien une heure ? Aucun indice ne permet de le deviner. Les vents sont capricieux et notre volonté de savoir à l'avance où et quand ils souffleront est pathétique. Comme peut être pathétique notre recherche, notre besoin d'équilibre dans nos vies. Il est en effet difficile de dissocier équilibre et immobilisme, équilibre et dessèchement, équilibre et couardise. D'ailleurs, quand la question se pose, c'est que l'équilibre n'est déjà plus là...

Va pour oser le déséquilibre !

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17 novembre 2014

"Dans la lumière"

Barbara Kingsolvoer fait depuis plusieurs années partie des auteures qui enchantent régulièrement mes lectures et finalement ma vie ! En janvier 2010, je vous avais déjà parlé de "Un Jardin dans les Appalaches"... Aujourd'hui, c'est de "Dans la lumière" que je viens vous parler...

 

dans la lumiere

Pour planter le décor, voici ce qu'en dit en partie Cathy Garcia dans cet article de La Cause Littéraire :

"Voici un étonnant roman, un pavé même, qui au début peut faire peur. En effet, on se demande un peu ce qu’on fait là, plongé brusquement dans le quotidien d’une famille américaine moyenne, éleveuse de moutons dans les Appalaches, un milieu rural et clos dont la vie est rythmée par les saisons et l’Église.

Tout démarre au moment où Dellarobia s’apprête à commettre l’irréparable. Dellarobia est la mère de deux jeunes enfants, Cordelia et Preston, et l’épouse presque accidentelle de Cub, suite à une grossesse à 17 ans, dont l’enfant mort-né a basculé dans le silence et un oubli imposé. Ce mariage précipité l’avait empêchée, elle qui était plus brillante que la moyenne locale, d’aller étudier à la fac, pour se retrouver à la place, jeune épouse installée dans la chambre d’enfant d’un jeune homme bon mais lourdaud, écrasé par son père mais surtout sa mère, Hester, une femme de poigne, rude et méprisante. Les parents de Dellarobia étaient morts, la belle-famille était propriétaire d’une exploitation, c’était donc à considérer comme une chance."

 

Pour ma part, j'ai surtout envie de partager avec vous quelques morceaux choisis... L'importance donnée à l'écologie aussi bien qu'à la poésie de la vie quotidienne est une des choses qui me touchent le plus dans les écrits de cette auteure... Voici donc quelques exemples collectés au cours de cette lecture qui fait du bien !

P. 127

« Plusieurs fois, quand les gens lui avaient demandé si elle était prête pour Noël, elle avait eu un vide : prête pour quoi ? Et bien sûr, elle s'était sentie stupide aussitôt. Les gens estiment automatiquement le QI d'une maman à l'âge de ses enfants, divisé peut-être par le nombre d'enfants, arrondi à la taille de pyjama la plus proche. »

P. 140

« Chercher un papillon sur Google. Ça paraissait comique, comme chatouiller un poisson-chat, mais elle savait que Preston ne verrait pas les choses ainsi. Il monterait tout droit à l'ordinateur chez Bear et Hester, pianoterait sur les touches, et trouverait ce qu'il cherchait. Avoir des enfants n'était pas ce qu'on disait. Il ne fallait pas compter qu'ils marchent sur vos traces. Dès qu'ils avaient percé leurs dents et trouvé internet, vous n'aviez plus grand chose à leur apporter, à part des chaussures et un manteau d'hiver. Mais Preston continuait à lui poser des questions. Ça la touchait qu'ils fassent équipe. À l'orée de la sombre forêt, il serra fermement sa main, comme pour traverser une rue. »

P. 178

« Vous êtes venu ici parce que vous êtes une des personnes qui étudient ces monarques, dit-elle.

  • Exactement. J'ai passé la journée à faire un rapide recensement là-haut. »

Rapide, pensa-t-elle, genre neuf heures. Les avait-il tous comptés ? « Alors vous faites quoi, des expériences, ou des observations ? Et vous écrivez ce que vous trouvez ? »

Il acquiesça. « Une thèse, des articles, deux ou trois livres. Tout sur le monarque.

  • Deux ou trois livres », dit-elle à cet homme, se rappelant la tête qu'il avait faite quand elle lui avait annoncé : Ce sont des monarques. Il y avait donc pire que de faire manger un pain à la viande à un végétarien. Par exemple débiter des informations de Wikipédia à la personne qui les avait découvertes le premier. Elle était à mettre dans le même sac que sa boute-en-train de fille couverte de fromage, elle se comportait comme une gosse barbouillée de nourriture. Sauf qu'elle n'avait pas l'excuse d'en être une. »

P. 196

« Cordie, indifférente au petit stratagème, tapait résolument la tête jaune de son téléphone contre le bord de la table. Concentrée, sourcils froncés, elle dirigeait ses coups tap-tap-tap. Elle s'en servait comme d'un marteau, comprit Dellarobia. Elle plantait des clous, ainsi qu'elle avait vu son père faire la veille quand il avait remplacé les bourrelets de la porte.

Hester souriait presque. « Cette petite m'a l'air de savoir quoi faire avec un téléphone. Tout, à part parler dedans. »

Dellarobia observa le jouet – boîtier massif, cordon, combiné, cadran – et se rendit compte qu'il ne ressemblait à aucun téléphone existant depuis que Cordie était née. Un téléphone, ça passait son temps dans les poches des gens, on le faisait glisser pour l'ouvrir, ça n'avait certainement pas de cadran.

« Pourquoi parlerait-elle dedans ? Elle ne sait pas que c'est un téléphone. »

Hester ne pouvait pas comprendre, bien sûr. À ses yeux, c'était un téléphone, un point c'est tout. C'était tout juste si Dellarobia elle-même comprenait. Elle avait vu si clairement dans ce jouet quelque chose qui était totalement invisible à son enfant, deux réalités côte à côte. Ça la sciait, de faire partie des gens qui voyait le monde tel qu'il était avant. Tandis que les gosses faisaient leur chemin. »

P. 274

« - Je dis juste qu'on ne sait jamais ce qui est important. Il prétend qu'il va avoir besoin d'assistants. Ovid. » Elle rougit à nouveau, mais Dovey laissa filer, voyant peut-être que quelque chose d'important était en jeu. Dellarobia avait besoin de s'enfermer dan un placard et de s'entraîner à prononcer ce nom : Ovidovidovid. « Il va mettre une annonce dans le Courier pour recruter des bénévoles, après la rentrée universitaire. Mais il embauche, aussi. Il a dit qu'il allait former au moins un assistant, payé. J'ai l'impression qu'il laissait entendre que je devrais poser ma candidature.

  • Et pourquoi tu ne le fais pas ?

  • Tu rigoles ? Regarde un peur mon curriculum vitae. Sait faire la purée de petits pois et arbitrer les disputes. Il trouvera quelqu'un de Cleary qui a été à la fac.

  • Te sous-estime pas.

  • Je me sous-estime pas. J'ai quoi, à mon actif, à ton avis ?

  • Elle est une fusée, elle est faite pour brûler », chanta Dovey au rythme de Kathy Mattea à la radio, parfaitement synchro, pointant son index en direction de Dellarobia. (…)

« Cub serait pas d'accord que je travaille, remarqua-t-elle. Avec les gosses et tout le reste. Tu imagines la réaction d'Hester ?

  • C'est exactement pour ça qu'il faut que tu le fasses.

  • Pour te dire la vérité, Cub et moi, on s'est déjà engueulés à ce sujet. Juste après son coup de fil.

  • Quoi, t'as dit à Cub que t'étais partante ?

  • Je lui ai demandé. Il a dit non. C'était prévisible. ''Qu'est-ce que les gens vont penser ? Qui va s'occuper des gosses ?'' J'ai répondu que je me débrouillerais.

  • Je vois pas pourquoi tu n'y vas pas, un point c'est tout. » Dovey la regarda droit dans les yeux, dans le miroir. « Tu es une fusée. Tu y vas, en général. T'es comme ça. Tu l'as toujours fait, non ? »

Dellarobia ferma les yeux. « Tant qu'y avait pas d'endroit où atterrir, j'imagine.

  • Écoute, gloussa Dovey, ça c'est un truc de femme. Les hommes et les enfants, ils se barrent et ils s'envolent, et ils se demandent même pas ce qui va se passer ensuite

  • Non, Dovey, c'est pareil pour tout le monde. La question est juste de savoir jusqu'à quel point tu te représentes l'atterrissage forcé.

  • Alors ne te le représente pas.

  • C'est une stratégie, concéda Dellarobia. Pour certains, ça marche.

  • Je te donnerais un coup de main pour Preston et Cordie. Chaque fois que je pourrais.

  • Je sais. Et ça ne tuerait pas non plus Hester de les garder une fois de temps en temps. Ou je pourrais même payer quelqu'un. Ça gagne bien.

  • Combien ?

  • Il a dit treize dollars de l'heure. Plus que ce que gagne Cub.

  • Aïe. Il est là ton problème.

  • Sûr. Mais il ne peut pas me le dire, tu comprends ? Alors il se déchaîne, nos gosses vont être élevés par un inconnu. ''Élevés'', il a dit. Un putain de scoop, j'ai répondu, ton fils va à l'école. Des inconnus lui apprennent l'alphabet. Contrairement à son père qui lui apprend à regarder le Dirtcathlon sur Spike. »

P. 319

« « La moitié de mes licenciés ont commencé en participant à des projets pédagogiques au lycée.

  • Je suis désolée, dit-elle, mais vraiment ? Des jeunes et des professeurs qui sortent pour étudier la nature ?

  • Dites-moi, Dellarobia. Que faisiez-vous en cours de science ?

  • Au lycée ? Notre prof de sciences était l'entraîneur Bishop. Il détestait la biologie encore plus que les élèves. Il laissait les filles avec des feuilles d'exercices pendant qu'il emmenait les garçons au gymnase faire des paniers.

  • Comment est-ce possible ?

  • Comment ? Il nous faisait voter, en général. ''Qui est pour qu'on tire des paniers aujourd'hui ?'' Forcément, aucune fille ne votait contre. Sinon vous pouviez tirer un trait sur les garçons. »

Il avait l'air de ne pas croire à son histoire. Mais elle était vraie, et pour Dellarobia pas plus tirée par les cheveux que celles qu'il lui avait racontées. Des papillons nouveau-nés, par exemple, qui parcouraient des milliers de kilomètres pour rejoindre un lieu où ils n'avaient jamais été, le pays où leurs ancêtres étaient morts. La vie n'était qu'un énorme essaim d'enfants livrés à eux-mêmes. »

P. 443

« « C'est un super négociateur intervient Dovey. C'est lui qui va demander [s'il peut acheter pour un dollar les seize volumes d'une encyclopédie d'occasion]. » (…)

Quand le caissier rendit son verdict, elles virent tout le corps de Preston réagir, poing brandi, sifflement de joie à peine audible, yesss ! Il se retourna et son regard, parcourant le long bric-à-brac d'objets abandonnés, alla se poser sur celui de sa mère avec une expression d'outrecuidance qui ne ressemblait à rien de ce qu'elle savait de son fils. Elle fut transpercée par un sentiment de perte. Il irait tellement loin. Peut-être avait-elle cette même chose en elle-même, la même vision globale, mais ce bien l'avait traversée pour se loger dans son fils et l'ouvrir au monde. Déjà il possédait les moyens et la volonté de faire le voyage. »

 

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05 mai 2014

Requinade

Nous sommes du côté de Sugarloaf. Depuis une heure à peu près, dans la moiteur tropicale, les kayaks se frayent calmement un chemin à travers la mangrove dans le dédale des Keys, Floride... C'est la pause. Les masques et tubas sortent des sacs. Les bateaux gîtent et s'agitent sous les mouvements de ceux qui se contorsionnent pour ôter quelques vêtements, puis, après un dernier gîte, un dernier balancement plus fort que les autres, les voilà qui retrouvent leur calme... Un bruit d'eau plus sourd que les autres, une exclamation de surprise - l'eau n'est qu'à 28°C..., et voilà les apprentis explorateurs dans le grand bain des palétuviers. D'après la guide volubile, c'est ici la nursery des grands poissons : thons, barracudas, requins, etc., au pied des arbustes de la mangrove. Et, à condition de nager sans bruit et avec des mouvements tout en douceur, nous devrions avoir la chance de d'apercevoir des miniatures de tout cela !

Équipée d'un gilet de sauvetage qui me sert de radeau anti-mouvement brusque, je m'éloigne doucement, le masque sur les yeux mais le tuba hors de la bouche, accessoire inutile – je déteste vraiment ce truc-là et rien ne vaut pour moi le plaisir de prendre ma respiration à l'air libre en regardant le paysage au ras de l'eau et de replonger doucement les yeux dans l'eau en expirant très lentement, naturellement, pour observer attentivement l'environnement aquatique... D'abord portée par le courant sans vraiment m'en rendre compte, je dérive vers la droite dans une eau brillante de millions de particules en suspens éclairées par le soleil... Éblouie, je ne distingue pas grand chose. Ah si ! Voilà les silhouettes sombres des troncs de palétuvier... Je me faufile dans l’entrelacs de cette forêt d'arbustes mi-aérienne, mi-lagunaire... Je croise alors quelques poissons qui ont la taille de mes deux mains réunies ; dans l'eau un peu trouble, leurs couleurs sont atténuées, ils sont discrets, ils s'effacent très vite, mon regard n'est pas encore accoutumé à suivre leurs mouvements... Progressivement, il s'ajuste, je me sens tout à coup nettement moins seule : des dizaines d'alevins passent à mes côtés, indifférents, les plus gros s'agitent et se mettent en observation à mon approche. Je cesse tout mouvement, seul l'air que j'expire doucement continue de passer... Les poissons cessent de fuir et m'accordent le bénéfice du doute : ils m'observent eux aussi et certains tentent même une approche... Je commence à me fondre dans l'environnement... Pendant ce temps-là, je dérive toujours sans vraiment m'en rendre compte... J'atteins l'arbre au delà duquel la guide nous a déconseillé de nous aventurer, sous peine de nous retrouver dans des courants plus forts et contraires... Au détour de cet arbre, cachés derrière le tronc, quatre ou cinq compères, en embuscade, à la façon des Dalton ! Ne comptez pas sur moi pour vous donner des noms : je suis une pitoyable naturaliste en ce qui concerne les animaux en général et les poissons ne me font pas faire exception à la règle. Je tente un demi-tour pour mieux les observer, mais le courant est trop fort, au bout de quelques minutes, j'abandonne l'endroit à regret : ces compères là sont vraiment très rigolos et en plus très beaux...

Je retourne donc à la nage vers nos embarcations, je retrouve quelques compagnons de baignade, je retrouve mon propre compagnon... Nous nous racontons nos impressions, nos rencontres et je repars un peu vers le large cette fois, à la recherche de ces « trous » dont la guide nous a parlés et qui sont des trous dans le plancher de corail. Ce sont des passages qu'utilisent les gros poissons entre les eaux plus profondes et cet endroit protégé où ils viennent couver leur progéniture... Mais nous sommes à marée haute et la visibilité dans l'eau n'est pas excellente : on devine les trous plus qu'on ne les voit, et pas l'ombre d'un gros poisson en ce qui me concerne... Assez rapidement, j'abandonne l'endroit pour retourner vers les bordures de palétuviers, vers la gauche cette fois... L'endroit est calme, il n'y a pas ce courant qui me déportait tout à l'heure de l'autre côté... Je recommence à croiser des bans d'alevins et des poissons de différentes formes, de différentes couleurs et de taille moyenne... Le soleil commence à me brûler un peu le dos. Je me dis qu'il va être temps de revenir vers les kayaks. Je fais le bilan : la balade est agréable sans être exceptionnelle ! Car je me souviens alors des sorties magiques en Guadeloupe, en particulier celle à Petite Terre où j'avais vu des petits requins citrons et des tortues depuis le bateau et nagé au dessus d'une belle raie, majestueuse et discrète sur son banc de sable au milieu des récifs... Je me dis que, décidément, la Guadeloupe a des richesses maritimes immenses qui mériteraient d'être mieux mises en valeur : entre la clarté des eaux, la richesse de la faune et l'étendue de sa mangrove, il y a de quoi émerveiller bien des aventuriers amateurs, comme nous ici...

Bon, allez, je fais demi-tour... Ah non, tiens, là, ça semble sympa, je fais encore ce petit détour et je reviens sinon on va m'attendre... Oh, c'est quoi ce truc beige derrière ces branches ? Une grosse masse et un œil qui s'ouvre, doucement... Un lamantin ? Je ne sais même pas s'il y en a dans les parages, notre guide ne les a pas évoqués... Pourtant, il me semble me souvenir que, oui, en Floride, il reste encore quelques spécimens de ces animaux en voie de disparition... Je tente une approche encore plus douce, quelques battements de pied bien dans l'eau quoi... Je prends doucement ma respiration, tout est très calme dehors à cet endroit, personne à l'horizon – même s'il est très réduit cet horizon au ras de l'eau... -, je remets les yeux dans l'eau, je retrouve cette masse couleur café au lait, l’œil est bien ouvert cette fois, il me guette et sentant que je m'approche un peu, la masse se met en mouvement, s'éveille... De fait, je l'ai réveillée je crois... Et tout à coup, elle sort des branchages en se dirigeant de mon côté : nous sommes face à face, moi en surface et elle au fond, à 1m50 de profondeur maximum, et à trois ou quatre mètres de distance... Et là, je guette ses membres antérieurs, mais ce sont des nageoires qui se découpent dans l'eau, et surtout, il y a ces deux nageoires dorsales... Oups, ce n'est donc pas un lamantin ! Mon regard revient vers la tête : deux petites barbichettes flottent du côté de la bouche, dieu merci, fermée... La bête se dégage et se propulse pour sortir de là et passe à un mètre de moi à tout casser... Sa longueur ? Un peu plus que l'envergure de mes bras, je dirais entre 1,80m et 2m.... Mon corps s'est instinctivement figé, je crois que là, même l'air a cessé de passer par mes lèvres, en la sentant passer près de moi, je n'ai même pas ébauché un mouvement de la tête pour tenter de la suivre du regard... Elle est passée à ma gauche, son œil toujours sur moi et s'est évanouie dans l'eau toujours brillante et chargée de particules en suspension... C'est à ce moment que j'ai pensé « requin », gros requin... Quand j'ai été sûre qu'elle était partie, j'ai fait demi-tour et je suis moi aussi repartie, toujours assez silencieuse mais décidée à ne pas m'attarder du tout ! C'est là que mon cœur et mon esprit se sont mis à battre la chamade... Les sensations avaient pris sens dans mon esprit : je venais de faire une rencontre hors de mon commun !

  

lamantin    nurse shark

 

Arrivée sur le kayak, j'ai fait la description de ma rencontre et la guide a confirmé : ça devait être un Nurse Shark ! C'est semble-t-il très exceptionnel d'en surprendre ainsi, je devais être particulièrement calme et immobile pour qu'il ne se soit pas enfui avant que moi je puisse le voir...

Alors, cette sortie dans la mangrove des Keys, j'en pense quoi ? Fabuleuse ! Je la mets en mots aujourd'hui pour que je puisse toujours m'en souvenir... Puissent mes émotions de ce jour-là rester vives longtemps !

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26 mars 2013

Algún día... Un jour !

 Algún día

Algún día escribiré un poema que no mencione el aire ni la noche;
un poema que omita los nombres de las flores, que no tenga jazmines o magnolias.

 Algún día te escribiré un poema sin pájaros ni fuentes, un poema que eluda el mar
y que no mire a las estrellas.

Algún día te escribiré un poema que se limite a pasar los dedos por tu piel
y que convierta en palabras tu mirada.

Sin comparaciones, sin metáforas, algún día escribiré un poema que huela a ti,
un poema con el ritmo de tus pulsaciones, con la intensidad estrujada de tu abrazo.

 Algún día escribiré un poema, el canto de mí dicha.

 Darío Jaramillo Agudelo

 

Un jour je t'écrirai un poème qui n'évoquera ni l'air ni la nuit ;

un poème qui omettra le nom des fleurs, qui n'aura ni jasmin ni magnolia.

Un jour je t'écrirai un poème sans oiseau ni fontaine, un poème qui éludera la mer

et qui ne regardera pas les étoiles.

Un jour je t'écrirai un poème qui se contentera de passer les doigts sur ta peau

et qui changera en mots ton regard.

Sans comparaison, sans métaphore, un jour j'écrirai un poème qui aura ton odeur,

un poème qui aura le rythme de ton coeur, l'intensité écrasante de ton étreinte.

Un jour je t'écrirai un poème, le chant de mon bonheur.

 

Traduit par L. Holvoet

 

Edition de ce billet le 26/03/13 : Je viens de trouver cette belle vidéo...

"Algún día" dit par Dario Jaramillo

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12 février 2013

Lettre de soutien à un enseignant et à des enfants victimes de la bêtise humaine et institutionnelle...

Monsieur le Directeur Académique,

Je ne suis qu'une mère de famille qui se sent concernée par le sort réservé aux enfants dans notre société.

C'est par l'intermédiaire du blog tenu par Bernard Collot (http://education3.canalblog.com/archives/2013/02/08/26362876.html) que j’ai été mise au courant de l’affaire de Pierrefite ès Bois dans le Loiret, mettant en cause un enseignant, sa hiérarchie, les parents d’élèves, et la pédagogie.

Ce qui me me bouleverse, voire me met en colère, dans cette petite histoire de campagne, c'est que visiblement une petite poignée de mécontents a le pouvoir de détruire en un coup de cuillère à pot les efforts de toute une communauté autour de son école, à commencer par ceux de son enseignant. Vos services ont de drôles de méthodes de résolution de conflit si la mutation d'office et sur le champs est leur seule solution pour protéger un enseignant d'une cabale de parents violents ; c'est à désespérer de l'intelligence humaine...

Depuis dix ans que mon fils aîné est entré à l'école élémentaire, alors même que mon troisième fils en sortira en juin prochain, et que notre mobilité familiale nous a permis de fréquenter six écoles élémentaires différentes, je n'ai jamais eu le bonheur de rencontrer un seul enseignant tel que Monsieur N., qui envisage sa mission à l'aune de ce que j'ai personnellement connu étant enfant, à savoir des pédagogies dites actives. J'ai été très déçue, voire je me suis sentie flouée par l’Éducation Nationale car j'avais pensé naïvement qu'au lieu de stagner ou de diminuer, ces pratiques se seraient au contraire développées.

Je me sens donc révoltée et bafouée dans mes convictions lorsque je constate quel sort est encore réservé de nos jours aux quelques enseignants courageux qui se lancent généreusement sur ce chemin pour le plus grand bonheur des enfants, et - généralement une fois abattues les préventions liés à la méconnaissance des processus à l’œuvre au sein de ces classes - pour celui de leurs parents.

La refondation de l’école n’est pas facile et il me semble illusoire de penser qu'elle aura un commencement de réalité sans au contraire encourager les pédagogies actives et donc les enseignants qui les osent. C'est pourquoi il me semble que cette situation choquante de Pierrefite ès Bois mériterait vraiment de bénéficier de votre intervention apaisante et bienveillante afin que ces élèves retrouvent leur professeur et puissent mener leurs projets à leur terme.

La refondation de l’école n’est pas facile. Les réactions variées et contradictoires des organisations en place, ces jours-ci, le démontrent. Une porte d'espoir pourrait s'entrouvrir si les parents de l'école publique avaient enfin sereinement un mot à dire sur le choix des pédagogies qu'ils souhaitent voir offrir à leurs enfants. En l'état de l'institution, une seule vision ou presque de ce qu'est un enfant et de ce que les adultes doivent lui apporter est largement permise et c'est une vision très autoritariste. Les parents qui ont une vision plus optimiste et plus confiante envers les capacités des enfants à apprendre avec bonheur, ces parents-là sont otages de l'institution et c'est finalement assez insupportable.

La grande majorité des parents d’élèves de Pierrefite ès Bois et l'instituteur mis en cause vous offrent là une occasion de montrer dans quelle direction vous souhaitez réellement aller. Ne la manquez-là.

Je vous prie de croire, Monsieur le Directeur d'Académie, en mon attachement à l’école publique mais aussi en mon attachement encore plus profond au respect de la dignité des enfants, de tous les enfants.

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29 janvier 2013

Dernière sortie avant la nuit

Lorsque je sors dans la nuit, une poubelle, ma poubelle, à la main, je frissonne, attendant quelques secondes que mon corps évalue puis s'adapte à la froideur de cet hiver retrouvé. Puis je hume l'atmosphère pleine d'une odeur enivrante de maquis, persistante en dépit des frimas, agrémentée d'une lointaine mais chaude fragrance de bois qui brûle dans une cheminée voisine. Je descends les quelques marches du perron et me retrouve sous la nuit étoilée. Sans y penser mon visage se lève vers le ciel, satisfait d'y découvrir un firmament à la fois noir et étoilé. Depuis plusieurs semaines, le lampadaire impitoyable qui brillait juste après notre portillon, inondant la rue d'une lumière orangée sans âme, n'éclaire plus, laissant à la nuit le loisir de scintiller. Alors j'avance dans le noir et c'est à tâtons que je place le sac dans le bon conteneur, que j'ouvre le portillon et que je fais rouler le conteneur du jour sur le trottoir. J'observe la rue quelques secondes, notant sans y penser quelles fenêtres du voisinage sont éclairées, quelle voiture n'est pas rentrée, si un bus attend sagement l'heure du départ, tout illuminé sur sa tête de ligne, tel un dernier navire prêt à appareiller dans le noir d'une nuit océane. Le tout n'a pris qu'une minute, peut-être deux, le froid me saisit maintenant, je suis pressée de rentrer. En rentrant dans le jardin, j'aperçois la silhouette blanche et lourde de la chatte qui me sachant dehors m'a rejointe en quelques bonds, profitant de cette occasion pour se dégourdir une dernière fois les pattes avant la nuit qu'elle refusera catégoriquement de passer dehors. Une course brève pour sauter et grimper sur un tronc incliné, quelques étirements pour éprouver griffes et muscles, un bond sur une hypothétique proie qui sera aussi bien un insecte qu'une feuille morte, et pfuit, la voilà déjà en haut du perron, me devançant de quelques pas, toujours, pour être bien certaine que je ne tenterai pas de l'oublier dehors, ce dehors finalement inhospitalier une fois la porte et les fenêtres refermées sur la chaleur et la lumière de la maison.

 

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21 janvier 2013

"Apprendre sans l'école" de John Holt

Comme je vous l'avais annoncé en mars 2012, la traduction en français de l'ouvrage de John Holt « Instead of education : ways to help people do things better » a vu le jour !

 

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 John Holt, « Apprendre sans l'école : des ressources pour agir et s'instruire », Editions l'Instant Présent, 2012, 268 p.

 

 Ce livre est pour moi une lecture réjouissante parce que, dès 1976, John Holt y fait une très large analyse critique de notre système d'obligation scolaire, malheureusement toujours en vigueur dans notre société du 21ème. Or, à l'heure où l'on note avec dépit que, le plus souvent, la curiosité et la vitalité des enfants s'étiolent au contact de l'école, il me semble vraiment urgent de se confronter à d'autres discours que ceux issus du conformisme bien-pensant qui veut que « hors de l'école, point de salut ! » 

Néanmoins, il ne se contente pas de formuler des critiques. Parallèlement, il étale sur la table un éventail tout aussi large de ressources qui permettent d'envisager l'éducation et les apprentissages en les posant sur un autre plan que celui de la coercition. Ce plan, c'est celui de la primordiale liberté de penser et d'agir enfin reconnue et accordée aux enfants. 

Ses idées et ses propositions prennent racine dans la coopération et dans une vision écologique du monde qui, elle, a réussi bon an mal an à progresser et à devenir légitime dans notre société. Cette traduction tardive en français a été motivée par le fait que ces idées méritent aujourd'hui plus que jamais d'être plus largement connues et surtout mises en œuvre.

 

 http://www.editions-instant-present.com/apprendre-sans-lecole-p-39.html

John Holt (américain, 1923-1985) a exercé plusieurs métiers avant de devenir instituteur pendant quinze ans, période pendant laquelle il s'interroge sur les difficultés rencontrées par les enfants.
Ayant rejoint ensuite les universités de Harvard et de Berkeley en sciences de l'éducation, il consacre ses travaux et ses conférences à la réforme de l'enseignement. Il rencontre et partage ses réflexions avec Ivan Illich, A.S. Neill etc. Cependant, au bout de quelques années, il cesse de penser que l'école est réformable. Cet ouvrage a été écrit en 1976 au moment où ce virage venait de s'opérer dans son esprit. Dès lors, John Holt décide de consacrer son temps « non plus à créer des écoles alternatives, mais des alternatives à l'école ».

 

Bonne lecture ! Et n'hésitez pas à en parler autour de vous...

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11 juillet 2012

Produire des images en relief 3DS : Le cinéma numérique stéréoscopique du scénario à l'écran, par Bernard MENDIBURU

Et voici la publication (longtemps attendue ;o) !) d'un ouvrage co-traduit de l'anglais au français par Jean-Noël GOUYET et moi-même...

CouvMendiburu

http://www.ina-sup.com/formation-professionnelle/produire-des-images-en-relief-3ds

C'est un ouvrage assez technique, mais la première partie qui donne des explications détaillées sur la perception du relief et l'histoire de sa prise en compte dans le cinéma est très accessible et intéressante pour tous... J'ai appris plein de choses en la traduisant !

Le livre "Produire des images en relief 3DS" de Bernard Mendiburu vient d'être publié en français par Ina EDITIONS, dans la Collection Ina EXPERT !

RESUME

"PRODUIRE DES IMAGES EN RELIEF 3DS est le premier ouvrage qui couvre tous les aspects du cinéma en relief depuis sa renaissance sous les auspices de la production tout-numérique. La perception du relief y est présentée en détail, permettant de comprendre les contraintes techniques et artistiques de la création et de la présentation d'images stéréoscopiques confortables et agréables. Les outils de production, de la prise de vues photographique à la diffusion sont traités avec la même approche pédagogique. Ensuite la réalisation d'un film en relief est étudiée pas à pas, en commençant dès l'écriture, et en poursuivant par la direction artistique, le tournage, le montage et enfin les effets spéciaux et la conformation.

Un ouvrage indispensable pour les étudiants en école de cinéma, les réalisateurs indépendants, et pour tous les professionnels de la production et post-production cinéma désireux de comprendre l'impact de la 3D sur leurs métiers.

Initialement publié en anglais en mai 2009, 3D MOVIE MAKING a reçu un excellent accueil outre-atlantique. Il est maintenant traduit en français, japonais, coréen et chinois, dans une version augmentée."

Vous le trouverez ici : http://www.amazon.fr/gp/product/2869381891/ref=ox_sc_act_title_1?ie=UTF8&smid=A1X6FK5RDHNB96 !

Posté par Ralimaro à 17:23 - - Commentaires [0] - Permalien [#]

08 juin 2012

Litanie de la déménageuse

P6051740 

Piles, tas de cartons, pleins, vides, les deux.

Armoires qui se vident.

Traces de poussière, vieilles taches oubliées qui réapparaissent sur les étagères.

Hop ! Un chiffon humide. Un geste précis et efficace efface.

Une heure, deux heures, pas plus, je me lasse, je suis lasse.

 

Vite un repos ! Un écran, un coussin... Se plonger ailleurs. Ne plus penser à ce qui est là.

Tout doit bouger, c'est trop, beaucoup trop.

Profiter, préparer, se projeter : tout cela est important et tellement contradictoire !

Je suis dans le noir.

Noir pour noir, j'aimerais dormir, m'assoupir, et, pourquoi pas ?, ne me réveiller qu'une fois installée !

 

Mais non. Impossible.

Profiter, préparer, se projeter : ne pas oublier !

 

En apnée ?

Non,

Profiter, préparer, se projeter...

 

A fond !

P6051743

Posté par Ralimaro à 20:58 - - Commentaires [4] - Permalien [#]

29 mars 2012

John Holt, suite... Instead of Education

En septembre dernier, je vous annonçais la publication d'un livre de John Holt, "Les Apprentissages Autonomes" à la traduction duquel j'avais participé.

Comme ce livre et son auteur semblent avoir (re ?)trouvé leur public en France, voici l'ouverture de la souscription pour la publication d'un deuxième livre de cet auteur : "Instead of Education : ways to help people do things better" ! Cette fois-ci, j'en ai assuré toute la traduction puisque les éditrices de L'Instant Présent ont accepté de me faire confiance : je les en remercie chaleureusement !

 

(Pour aller sur le site des Editions l'Instant Présent, cliquez sur la photo)

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Un livre de réflexion approfondie sur les bienfaits de l’éducation hors-école, écrit par le principal initiateur de l’instruction en famille au États-Unis dans les années 1970.

 

Après le succès de Les Apprentissages Autonomes, les Éditions l'Instant Présent proposent une traduction inédite de l'ouvrage de John Holt, paru en 1976 : Instead of Education : ways to help people do things better.

 

John Holt, instituteur puis professeur en sciences de l'éducation, y expose en détail les raisons, toujours aussi pertinentes, pour lesquelles il pense que le système scolaire ne pourra jamais réellement être réformé. Il synthétise et complète les vues d’Ivan lllich et de Stanley Milgram en les confrontant à ses propres expériences d'enseignant et d'apprenant. Avec pragmatisme, il décrit comment contourner au mieux les écueils de l’école, et de quelle manière il est possible faire autrement.

 

À travers cette étude approfondie, Holt démontre pourquoi ne plus se soumettre à l’école obligatoire est un moyen salutaire de s’approprier ses propres chemins d’apprentissages et de mener une vie plus créative. Instead of Education est rempli d’exemples sur les opportunités d’apprentissage en dehors des structures éducatives établies, ainsi que de récits passionnantes d’apprentissages informels.

 

À la suite de la publication de ce livre, contacté par des familles qui avaient choisi de ne pas scolariser leur enfant, John Holt a créé la revue « Growing Without Schooling -Grandir sans école » qui, de 1977 à 2001, a été la principale source d'information structurée des familles engagées dans l'éducation hors école. La pensée originale et l'écriture claire de John Holt ont donné à un grand nombre de parents l'énergie de prendre en main eux-mêmes l’éducation de leurs enfants. (Les Apprentissages Autonomes cliquez ici pour plus d'information sur les Apprentissages Autonomes)

 

 

 

Posté par Ralimaro à 07:35 - - Commentaires [2] - Permalien [#]