23 juin 2009
Une très jolie page d'écriture...
Cette affaire, dite de Tarnac, me laisse plus que perplexe et le moins que l'on puisse dire c'est que, pour le moment, la machine policière et judiciaire ne brille ici ni par sa transparence ni par son respect des droits fondamentaux...
Aujourd'hui, une des protagonistes s'exprime, et elle le fait très bien. Je vous invite à lire la tribune d'Yildune Lévy, elle y parle un langage profondément humain. Cette lecture achevée, elle interroge sur l'effective logique de ce qui apparait relever de plus en plus d'un acharnement à détruire une bien confidentielle ébauche de modèle de vie et d'organisation sociale allant à l'encontre du modèle dominant...
(Collonges la Rouge, février 2007)
On peut ensuite s'interroger sur l'efficacité de cette opération : pour ma prt, j'ignorais ce lieu de vie, cette aventure qui restaient privés ; désormais, rendus publics, ils me sont plus que sympathiques... Bon, le fait que ce soit en Corrèze y contribue un brin, il faut bien l'avouer ;o)...
21 juin 2009
Tag tics textile !!!
Bon, ben, ça revient ! C'est la Dilettante qui remet le couvert ;o)... Mais avec une spécificité : Habitudes, manies et tics... de couturière / tricoteuse... Je ne suis une acharnée ni de la première ni de la deuxième activité, mais une amatrice quand même ! Alors je vais voir si je trouve six histoires à raconter sur ce sujet...
1. Je me fais des idées tellement précises de ce que je veux faire que, soit je laisse tomber avant de passer à la réalisation (soupir !), soit je me lance depuis la R&D jusqu'à la réalisation... ce qui veut dire concrètement que j'utilise très rarement des patrons ou autres modèles... Je croquette, je mesure, je calcule, je visualise dans l'espace, et je me lance !!!
2. Du coup, je suis de celles qui ont quand même besoin de se rassurer un peu en traçant les futures coutures à même les tissus... Ensuite, j'épingle soigneusement, mais je ne bâtis pas...
3. Je n'ai pas de coin "à moi", donc mes ateliers sont compacts et pliables rapidement... Je squatte la table familiale, donc je suis très méticuleuse par rapport aux fils et autres petits déchets de tissus ou de laine : je les rassemble au fur et à mesure à un endroit où le ventilateur ne les éparpillera pas (ça c'est la variante tropicale de mon tic de feignante (cf. ci-dessous dans le précédent tag ;o)...), calés sous les ciseaux...
4. Avec tout à mes projets non encore réalisés de patchworks et d'appliqués, je garde tout bout de tissus d'une surface supérieure à 5cm²... J'ai un grand sac de tissus et une boîte à chaussures pour les trop petits morceaux... J'y mets même des parties de vêtements usés dont le reste part à la poubelle... Mon chéri hallucine parfois :o) !!!!
5. En matière de tricot, j'ai la pénible habitude de commencer, de presque finir sur la lancée, et de laisser en plan les finitions (ou les rectifications)... Mon plus long ouvrage a duré vingt ans !!! Si si !!!! Plusieurs pulls ont été commencés pour un enfant et donnés à l'autre... Et en parcourant ce blog, je suis sûre que vous pourriez me demander des nouvelles de réalisation en cours !!!
6. Heu........ Je sèche là ! En fait, j'ai l'estomac dans les talons et ça n'aide pas à se concentrer... Ah si ! J'ai du mal à flasher sur les tissus en rouleau dans les magasins et pourtant je trouve souvent les réalisations des copines très très réussies, y compris dans les choix de tissus... C'est un mystère pour moi !
Bon allez, je passe le tag à Fanny, Kriss, et à qui veut en fait !!!
Chouette, je vais pouvoir aller manger et aller à la plage pour donner mon pain dur aux poules ;-)...
20 juin 2009
Oui, la nature humaine est bonne !
Je n'ai pas encore eu l'occasion de le tenir entre les mains et, donc, encore moins eu l'occasion de le lire, mais je sais qu'il sera une de mes lectures de l'été !
Voici un résumé :
" Fessées, gifles, calottes, tapes ou bastonnades. Dans beaucoup de pays, les enquêtes les plus sérieuses montrent que plus de 80% des enfants subissent encore des méthodes éducatives violentes. Or, si étonnant que cela puisse paraître, aucun grand philosophe n'a tenu compte dans sa réflexion sur la nature humaine des conséquences de ce dressage violent infligé depuis des millénaires à la majorité des êtres humains au moment où leur cerveau est en formation.
Pire : dans les religions, dans les conceptions philosophiques, et aujourd'hui encore dans la psychanalyse, tout se passe comme si l'origine de la violence et de la cruauté humaines était dans la nature même des enfants. Pourtant, les recherches les plus récentes ont révélé chez lui des compétences - attachement, empathie, imitation - qui en font un être remarquablement doué pour la vie sociale. La source de la violence et de la cruauté humaines réside-t-elle dans la nature des enfants, c'est-à-dire dans notre nature, ou dans la méthode qu'on a utilisée de tous temps pour les élever ? C'est à cette question que répond Olivier Maurel, en s'appuyant sur les recherches d'Alice Miller et les plus récentes découvertes de la neurologie.
Après la lecture de ce plaidoyer inédit, il sera difficile de continuer à appeler " éducation " le fait de frapper un enfant. "
Et voici ce qu'en dit Nancy Huston, dans Le Monde des Livres du 18 juin 2009 :
" QUI CHATIE BIEN FAIT BEAUCOUP DE MAL...
Le titre (qui n'est pas de l'auteur) fait frémir. La thèse (que résume le sous-titre) fait pouffer. C'est tellement énorme, se dit-on, que ce doit être simpliste, donc faux. Nous voilà au coeur du problème : l'espèce humaine est cette étrange espèce qui aime dire et entendre dire du mal d'elle-même, croire sa nature mauvaise plutôt que bonne.
Olivier Maurel, auteur d'un précédent ouvrage sur la fessée, explore ici tous les tenants et aboutissants du thème de la violence éducative. Une fois que l'on en a entamé la lecture, on cesse de pouffer et on écoute. On se souvient, peut-être, de l'enfant qu'on a été, et des coups que l'on a reçus. On apprend que, partout dans le monde, "80 à 90 % des enfants sont soumis à la violence éducative pratiquée dans leur pays".
Ainsi, la première leçon d'éthique inculquée aux petits humains est-elle une leçon paradoxale : le fort a le droit de faire mal au faible, serait-ce pour lui apprendre à ne jamais faire mal à plus faible que soi ! Le mépris des enfants suscite, chez les enfants méprisés devenus adultes, le mépris des enfants. D'où un refus de prendre au sérieux leur souffrance, et une tendance à la perpétuer, dans un des plus vieux cercles vicieux du monde.
BOUSSOLE INTÉRIEURE PERTURBÉE
Le cerveau de l'enfant est justement en train de se former. Secoué, choqué, déstabilisé par la violence, incapable de critiquer ceux qui la lui infligent, dont il dépend entièrement pour sa survie, l'enfant tourne son stress contre lui-même, avec des résultats désastreux pour sa santé physique et mentale. Sa boussole intérieure est perturbée. Ses pensées se scindent de ses émotions et il apprend à ne plus éprouver de la compassion, d'abord pour lui-même, ensuite pour les autres.
En une fresque magistrale, Maurel passe en revue la philosophie, les religions, les traités d'éducation et la littérature, de l'Antiquité à nos jours. Il montre comment les trois monothéismes ont élaboré le concept d'un Dieu paternel et punissant, modèle et justification des pères réels châtiant leurs enfants. Les garçons sont plus frappés que les filles, précisément pour qu'ils ne deviennent pas des "femmelettes".
Alors que Jésus incarnait à cet égard une attitude révolutionnaire ("Si vous ne devenez pas comme des petits enfants, vous n'entrerez pas au royaume des cieux"), saint Augustin - après s'être amèrement plaint des châtiments subis pendant sa scolarité - formulera le dogme du péché originel qui fera de chaque humain à la naissance un être mauvais, devant être contraint par la force à emprunter la voie du Bien.
Le chapitre le plus lumineux du livre est peut-être celui qui rapproche ce dogme chrétien de celui, psychanalytique, du complexe d'Œdipe. En décidant de ne plus croire aux abus sexuels subis par ses patient(e)s, Freud opère un retournement spectaculaire : alors que les vrais fautifs étaient les pères, le coupable désigné sera l'enfant. Ce ne sont pas les adultes qui violent ou maltraitent leurs rejetons, mais ceux-ci, "pervers polymorphes", qui rêvent d'inceste et de parricide. D'où, pour Freud, cette certitude : "Il faut que l'éducation inhibe, interdise, réprime."
IMPRESSIONNANTS PÈRES SÉVÈRES
Les conséquences de cette misopédie généralisée sont ahurissantes mais prévisibles. Un garçon battu aura plus de chances de battre sa femme et ses enfants ; une fille battue, de devenir une femme battue et de battre ses enfants. Ont été des enfants gravement maltraités, non seulement la quasi-totalité des délinquants et des criminels, mais aussi les hommes politiques s'arrimant à des idéologies virulentes et désignant à leur tour des boucs émissaires à éliminer, de Milosevic à Hitler, Staline ou Mao. On n'aime pas entendre cela. On est tellement impressionné par ces "pères sévères" que la seule idée de chercher à expliquer leurs méfaits par leur enfance nous frustre de notre colère. On est tellement fasciné par l'horreur d'Auschwitz qu'on préfère ou bien la sacraliser en décrétant qu'elle est incompréhensible, qu'"il n'y a pas de pourquoi" - ou, au contraire, la banaliser en prétendant que tout un chacun est susceptible de devenir bourreau.
Si on lit le livre d'Olivier Maurel, on ne pourra plus raisonner ainsi. On apprendra, d'une part, que toutes les populations s'étant livrées à des génocides avaient reçu une éducation basée sur la discipline, la punition, l'obéissance aveugle, et, d'autre part, que les individus ayant refusé de collaborer au déploiement du mal extrême, ayant préservé leur compassion (les "Justes" par exemple), avaient vécu, petits, dans la tendresse et le respect de leur entourage.
Certes, malgré la puissance des arguments de Maurel et la pléthore de ses preuves, plusieurs questions restent sans réponse. Quid, par exemple, des parents permissifs, dont les enfants peuvent être ultraviolents ? Quid de la violence comme preuve de liberté, chère à l'Homme du souterrain de Dostoïevski ? Quid, surtout, des autres causes de la violence ? Car celle-ci, pour les êtres fabulateurs que nous sommes, est une source inépuisable d'histoires, d'intrigues, de rebondissements et d'effets inattendus. Bien plus que la création (qui, elle, est toujours lente et laborieuse, toujours partielle), la destruction - instantanée, spectaculaire - nous donne un accès rapide et euphorisant à la toute-puissance divine.
Oui la nature humaine est bonne ! soulève un sacré lièvre. Il faut surmonter ses résistances, le lire et le faire lire. C'est un de ces rares ouvrages qui, bien compris, pourrait infléchir l'Histoire. "
J'ai beau être parfaitement convaincue par cette thèse depuis longtemps, c'est toujours bon de puiser de nouvelles données, de nouveaux arguments pour consolider ce qui s'apparente à une ligne de conduite difficile à tenir pour une maman confrontée en permanence à un modèle dominant en quasi-constante opposition avec ce que l'on perçoit juste...
Difficile à tenir parce que dans la vie quotidienne, les gestes et paroles impulsifs, tout droit sortis de la bouche de nos propres parents sont parfois en inadéquation avec cette ligne de conduite...
Difficile à tenir parce que, quand tel est le cas, il est difficile de trouver à la fois une oreille bienveillante pour soi ET des conseils bienveillants pour nos enfants...
Difficile à tenir parce qu'on est toujours tenter de vouloir façonner nos enfants en fonction de nos espoirs, de nos désirs et qu'il est parfois difficile de faire la part des choses entre le respect dû à leur personne et l'image que l'on se fait de notre "mission" envers eux...
Difficile à tenir parce qu'on se rend compte que le respect de l'intégrité physique ne suffit pas, que ce n'est qu'un tout petit point de départ, qui mène sur des sentiers si peu battus qu'ils effraient... Il faut être audacieux pour ne pas craindre de se perdre, et il est parfois plus simple de rejoindre le flux rassurant de la bienséance aveugle...
Difficile à tenir parce que les observateurs de votre exploration se sentent bien souvent agressés par votre audace et pensent à tort que vous vous engagez dans la voie de la facilité, alors que vous vivez l'exact inverse...
Difficile à tenir parce qu'il est tellement plus confortable de couper l'empathie envers vos enfants que de la ressentir à chaque instant...
Voilà pourquoi je compte sur cette lecture estivale pour me conforter et me réconforter : la voie que j'ai choisi de vivre n'est pas absurde et, si ses bienfaits n'en sont pas immédiats, je me console en pensant que les petits ruisseaux font de grandes rivières...
J'ai trois fils, je ne cherche à n'en faire ni des femmelettes ni des caïds juste des personnes capables d'empathie et de bienveillance envers leurs semblables... Vaste tache ;o)...
16 juin 2009
Tag tics...
Bon, ça vient de chez Nathalie !
Six habitudes ou tics sans importance... Bah... Faut voir... Faut réfléchir...
Ah... ben la voilà ma première habitude, mon premier tic ! Tout examiner avec circonspection avant d'agir !
Pour la deuxième, je suis tellement feignante que je ne laisse jamais traîner les rangements et nettoyages de base parce que sinon, ça s'incruste et ça demande beeeaaauuucoup plus d'énergie pour le faire...
La troisième, héritée du temps où j'étais fumeuse : avant tout changement d'activité, je prends une boisson chaude, souvent du thé, mais aussi café et chocolat chaud selon l'humeur... Autant dire qu'ici, j'ai été un peu perturbée dans mon habitude à cause de la chaleur qui incitait plutôt aux boissons fraîches... Mais c'est bon, j'ai surpassé ça et repris mon habitude ;-)...
La quatrième... Ca se complique... Je sèche là... Ah si ! Sur ma table de nuit, j'ai toujours au moins deux ou trois livres en cours de lecture... Et le soir, j'en prend un selon l'humeur... Certains y restent plusieurs mois...
La cinquième est née ici : la présence permanente de moustiques me pousse à allumer un ventilo dès que je m'assois à table ou au bureau, ou dès que je m'active dans la cuisine... Pas super écolo, mais efficace !
Ah ! La sixième... Je m'assure chaque soir que tout va bien dans les chambres des enfants avant de me coucher... Mais ces temps-ci, je sens que ça va bientôt m'échapper..... Ils grandissent et quand il n'y a pas école, ils ne se laissent plus coucher comme de gentils bébés.......... Bouhouhouh !!!!!
Pfuit ! Ben j'ai réussi...
Sur ma lancée, petites couvertures pour bébés à venir...
Et puisque la machine était sortie et parce que mon amie-voisine est clouée au lit pour cause de jumeaux un peu trop pressés d'atterrir, j'ai confectionné deux petites couvertures pour le séjour à la maternité : ils sont fous là-bas, la clim est bloquée sur 19° !!!!
Alors voilà le résultat ! Là-aussi j'en suis fière parce que ça faisait longtemps que j'avais envie de me lancer dans les appliqués, depuis plus de deux ans en fait !... quand j'avais fait mes premiers pas en patchworks là... Donc, la procrastination aidant (et non pas la proScrastination comme je l'ai bêtement écrit dans un précédent billet), j'ai mis le temps à passer à l'action... Mais là, pour les petits bouts qui risquaient à tout moment de me coiffer au poteau, j'ai foncé sans trop réfléchir !
Alors, merci à Zélialix pour son oiseau et à boutis-patchwork.com pour le papillon !
Pardonnez la médiocrité des photos, je vous rappelle que je fonctionne avec un téléobjectif, mon grand-angle étant toujours en rade :-/....
SecondeS vieS... suite et fin
Alors voilà ! Ca y est ! C'est terminé ! Et voici le résultat :
Bon, bien sûr, il y a UN détail qui cloche et je suis énervée car c'est juste sur le dernier coussin, le rond, donc celui que l'on voit en premier quand on rentre... Mais, bon, il parait qu'il n'y a que moi qui le voit ;o)... D'ailleurs, je ne l'ai même pas pris en photo : ne cherchez pas !
Et chose dûe : les photos du clic-clac rénové par ma maman !
Le moins qu'on puisse dire, c'est que l'on ne lésine pas sur l'adoption du matériau local, n'est-ce pas ?!
28 mai 2009
Seconde vie...
Alors, là, c'est un post spécial gwadacops' ;o)... Ben oui, ça fait plusieurs mois qu'elles m'entendent parler de mon projet de faire des housses pour mes vieux canapés qui ont traversé l'Atlantique après une vie déjà longue...
Le premier, ce fût finalement l'oeuvre de ma Môman qui a trouvé là de quoi s'occuper pendant son séjour engrêvé grâvement !!! Shame on me ! Je n'ai pas pris de photo... Je réparerai cet oubli à l'occasion !
Le second, je m'y colle... Ouh... Mais ça demande réflexion ! Loooonnnnnnggggguuuuueeeeee réfléxion ! Mais, là, ça y est : je me suis lancée ! Voici donc quelques photos du premier coussin réalisé il y a une dizaine de jours........
Au passage, vous noterez la mosaïque de motifs et de cache-misère...
Donc, ça c'était avant :
Et ça, après :
Et pour me faire plaisir, voilà vu de près ! Presque pas de défaut ! On proscrastine ou on ne proscrastine pas... J'ai choisi mon camp ;o) !!!
Voilà ! Basique, non ?! Bon, j'en ai déjà fait trois (les dossiers), il m'en reste quatre... J'espère avoir terminé avant fin juin !!!
Je suis admirative de toutes les belles choses que je vois chez les copines !!! Et un peu jalouse de leur sens de l'esthétique... Alors, ensuite, à l'occasion, je crois que je vais m'autoriser des copi(n)ages ! A suivre... La machine ne devrait pas rentrer dans sa boîte de sitôt !
15 mai 2009
Le blog qui montre ce que l'on veut cacher...
Je viens de trouver un petit nouveau dans la blogosphère guadeloupéenne... Bon, l'est pas très fun en fait... Même un brin désespérant... Mais si par hasard le fait de faire de la publicité autour de l'incivilité institutionalisée en Guadeloupe permet de faire avancer un peu plus vite les prises de conscience, ben je mets ma poussière de contribution en vous donnant le lien :
http://guadeloupe-decharge-geante.over-blog.com/
Pas d'image ! Allez voir vous même...
14 mai 2009
Histoires de femmes...
J’ai l’humeur littéraire ces temps-ci… Alors voici quelques morceaux choisis d’un livre que j’ai lu et aimé…
Mes quatre femmes, récit, de Gisèle Pineau, 2007

Comment devient-on écrivain ? Qui parle en vous ? Qui vous raconte les histoires qu'à votre tour vous écrirez ? Pour répondre à ces interrogations, Gisèle Pineau a choisi de remonter vers les vies de ces quatre femmes. Celles qui l'ont construite. Angélique, l'ancêtre esclave qui connut les temps perturbés de l'abolition puis du rétablissement de l'esclavage, Angélique qui gagna son affranchissement et finit par épouser le Sieur Pineau. Julia, la grand-mère, profondément attachée à sa Guadeloupe, qui fut contrainte à l'exil pour fuir un mari trop violent, Julia qui passa six années dans une cité du Kremlin-Bicêtre, priant Dieu chaque jour de la renvoyer à sa terre, cette terre qu'elle offrit en paroles, pour toujours, à sa petite-fille. Gisèle, la grand-tante, celle qui porta la première le prénom, qui se laissa mourir de chagrin à 27 ans, après qu'elle eut perdu son jeune époux. Et puis Daisy, la mère, l'épouse du père militaire qui, un jour, revint d’Indochine avec une autre femme et deux enfants, Daisy qui au plus gris de l'exil, se tint toujours debout pour ses enfants et rêva sa vie dans les romans d’amour.
p. 149
En 1802, Angélique a dix ans. Par la loi du 30 Floréal de l’an X, l’esclavage est rétabli dans la colonie. Rose dit que, de toute façon, rien n’a jamais changé, rien ne changera jamais. Pour elle, ces mots-là sont vides de sens. Esclavage ou liberté, abolition ou rétablissement… Elle a fait que ça, toute sa vie, obéir aux ordres et courber le dos, même quand elle vivait libre aux îles des Saintes, avec ce nègre pêcheur qu’était pas le père d’Angélique. Au début, c’était bien joli, la vie sous le drapeau de la liberté. Et puis le nègre s’est transformé en maître. Il a commencé à aboyer des commandements, à lancer des insanités, à menacer du fouet. Et tout ça pour des riens… un manger par paré, un poisson si peu mal écaillé, un temps de causerie avec une voisine. Rose s’enfuit avant qu’il ne lui tranche le jarret. Elle retourne aux Trois Rivières et Dame Véronique la reprend sans faire d’histoire. Esclave ou pas, Rose fait pas la différence. Elle se lève chaque jour à quatre heures du matin. Elle préfère être esclave au service de Dame Véronique plutôt que femme libre sous le joug d’un nègre. Alors tous ces va-et-vient de décrets d’abolition et de rétablissement de l’esclavage au lui passent au-dessus de la tête. Elle s’en fiche tout bonnement.
p. 152
Tout ce déballage du passé chamboule les deux sœurs. A la grande Histoire, elles préfèrent les histoires de vie cousues de fils blancs du destin, des fils rouges de l’amour et des rêves. Tantôt, Daisy a eu une conversation très sérieuse avec Angélique. Cette dernière soutenait mordicus que les deux étaient intimement liées. La grande Histoire et la petite histoire. Qu’il était même impossible de les dissocier. Chacun, ici-bas, était assujetti à la première. Chacun sur cette terre, durant son temps, traînait des chaînes et pâtissait de la grande Histoire combinée là-haut par une bande de mauvais esprits. Et on avait beau se débattre et gesticuler et jurer qu’on n’était pas mêlé à ces grandiosités, on choisissait pas librement sa destinée. On n’était jamais libre, même quand on n’était pas né dans les fers, même quand on avait la peau blanche et du sang bleu dans les veines…
p. 156
Soudain, les rires de Julia emplissent la geôle. Elle hoquette et pleure de rire. Et les deux sœurs la dévisagent, contrites, encore tout ébranlées des paroles amères d’Angélique.
- Eh bien, commence Julia en refoulant ses rires, si on n’est pas libres aujourd’hui comme hier, si aucun vivant noir ou blanc ne connaîtra jamais la couleur de la liberté sur la terre de sa naissance… eh bien, moi, je vous dis que je regrette pas l’Afrique de mes ancêtres. Je m’en fiche de ne pas avoir fréquenté les éléphants et les girafes de là-bas. Et tous ceux des Antilles qui la pleurent n’ont qu’à compter leurs jours restants… Eh bien, moi, je vous assure que j’ai aimé ma Guadeloupe, mon pays maudit, où je suis née, où j’ai vécu, où je suis enterrée. J’ai aimé ce pays meurtri par la grande Histoire, entaché de sorcellerie, brisé mille fois par les cyclones et les tremblements de terre. Sur le continent Guadeloupe, pas plus grand qu’un mouchoir de poche, j’ai peut-être vécu trois jours de paradis pour vingt mille jours d’enfer et cent de purgatoire. Eh bien, j’ai pas l’once d’un ressentiment. J’ai pas envie de troquer mon existence pour une autre. Le pays Guadeloupe est devenu mien. Et même si je peux guère remonter bien haut dans les branches de mon ascendance… Et même si d’aucun raconte que je suis d’une race bâtarde et sans lignée, je peux vous dire que j’ai planté mes racines solide dans la terre de Guadeloupe. Et je l’ai aimée surtout. Je l’ai aimée d’amour. Et c’est comme ça qu’on peut se réclamer d’un pays. Pas besoin de signer une croix sur un papier du gouvernement. Pas la peine de jurer devant Dieu et les hommes que vous êtes un enfant véridique du pays. Juste aimer et chérir sa terre. Et se figurer que toutes les petites joies qu’elle procure sont un avant-goût du paradis. Planter des jeunes pousses dans son jardin. Regarder grandir les arbres que vous avez vus malingres, que vous avez soigné et couvé. Et puis, un jour, cueillir par brassées les fruits que la Divinité vous offre. Balayer son jardin comme si c’était un salon tout neuf, garni de meubles en acajou verni. Epousseter et lustrer le feuillage. Marcher en ce palais de verdure plus fière que la reine des Amériques. Goûter chaque instant de paix qui inonde le cœur. Attendre que la mort vienne vous prendre. Et, dans un dernier râle, souffler à ceux qui vous survivent que le pays les a choisis. Que le pays tout entier est leur jardin. Laisser là son corps retourner à l’état de poussière. Regarder s’envoler son âme sur les ailes d’un grand papillon. Et du ciel, libre enfin, dire adieu aux tourmentes de la grande Histoire, aux remous insignifiants de la petite histoire de votre vie.
Voilà, ces passages m’ont vraiment parlé parce que je suis de celles qui pensent que les vraies révolutions ne se font pas avec les foules et les héros, et qui pense aussi que trop souvent l’Histoire est écrite par ou pour les hommes (les mâles, je veux dire ;-)…), et que si elle devait être écrite et pensée par et pour les femmes, elle serait sensiblement différente… Mes héros ne sont ni flamboyants, ni clinquants, décidément !!!
Ce huis-clos de femmes mortes et vivantes est passionnant. Et, enfin, je trouve splendides la description et l’hommage rendu aux jardins créoles…
Si ce récit vous parle, vous pouvez aller chez Géraldine faire connaissance avec deux autres romans de cette auteure.
11 mai 2009
L'île lointaine
Poème ramené de l'école par mon Petichou, en classe de CM1... Costaud à apprendre, c'est moi qui vous le dit !!!
L'île lointaine
Daniel Thaly*
--------------
Je suis né dans une île amoureuse du vent
Où l'air a des senteurs de sucre et de vanille
Et que berce au soleil du tropique mouvant
Le flot tiède et bleu de la mer des Antilles.
Sous les brises, au chant des arbres familiers,
J'ai vu des horizons où planent des frégates
Et respiré l'encens sauvage des halliers
Dans ses forêts pleines de fleurs et d'aromates.
Cent fois je suis monté sur ses mornes en feu
Pour voir à l'infini la mer splendide et nue
Ainsi qu'un grand désert mouvant de sable bleu
Border la perspective immense de la vue.
À l'heure où sur ses pics s'allument les boucans,
Un hibou miaulait au cœur de la montagne
Et j'écoutais, pensif, au pied des noirs volcans
L'oiseau que la chanson de la nuit accompagne.
Contre ces souvenirs en vain je me défends.
Je me souviens des airs que les femmes créoles
Disent au crépuscule à leurs petits enfants,
Car ma mère autrefois m'en apprit les paroles.
Et c'est pourquoi toujours mes rêves reviendront
Vers ces plages en feu ceintes de coquillages,
Vers les arbres heureux qui parfument ses monts
Dans le balancement des fleurs et des feuillages.
Et c'est pourquoi du temps des hivers lamentables
Où des orgues jouaient au fond des vieilles cours,
Dans les jardins de France où meurent les érables
J'ai chanté ses forêts qui verdissent toujours.
Ô charme d'évoquer sous le ciel de Paris
Le souvenir pieux d'une enfance sereine,
Et, dans un Luxembourg aux parterres flétris,
De respirer l'odeur d'une Antille lointaine !
Ô charme d'aborder en rêve au sol natal
Où pleure la chanson des longs filaos tristes,
Et de revoir au fond du soir occidental
Flotter la lune rose au faîte des palmistes.
* Daniel Thaly (1879-1950) né à Roseau, Dominique














