11 novembre 2009
Essayons de reprendre le cours des choses...
Alors une spéciale pour Val qui s'impatiente semble-t-il : ma dernière oeuvre textile datant de........ juin dernier ! Heu ben oui, je suis légèrement dépassée... En fait, j'attendais d'avoir une photo de la pucette qui va dedans, mais je crains que ma soeur soit au moins aussi dépassée que moi...
Alors voilà la petite robe, toute seule :
Et un détail pour la route :
Bon, depuis, je dois avouer que la machine n'a pas beaucoup resservie... Là, ça fait trois semaines qu'elle trône sur la table du séjour en attente de faire des patchs pour récupérer une robe ruinée par une tache d'eau de javel... Faudrait bien que je m'y remette !
Je suis un peu stone ces temps-ci... Mais hier j'ai réussi à faire mes comptes et à ranger les dix centimètres d'épaisseur de papiers administratifs divers qui traînaient et s'entassaient depuis... pfff... six ou sept mois je crois... Alors peut-être que c'est le prémisse d'une énergie qui revient progressivement ?!!
05 octobre 2009
Une plongée en vraie nostalgie : revigorant !
Samedi, plongée vivifiante dans le passé ! "Un retour sur moi-même", concert de Jean-Louis Aubert, ça ne se rate pas ! ... enfin, pour celles et ceux qui aiment, cela va de soi ;o)... Et entre amis, et à deux pas de la maison, c'est encore mieux !
Ce garçon est pêchu, c'est peu de le dire... Et puis son histoire à lui, il l'a partagée au fil des ans avec beaucoup de vieilles branches comme nous, enfin... comme moi ! Alors, ça remue de l'entendre et, je ne sais pas pour les autres, mais moi, ça m'a donné un coup de fouet pour me remettre en ligne avec moi-même après une rentrée bouleversifiante !
Un petit aperçu de ce que l'on a eu le plaisir d'entendre... un petit morceau qui résonne différemment "ici" !
Les plages
Sur toutes les plages du monde
Sur toutes les plages y a des mômes
Qui font signes aux bateaux
Sur toutes le plages de tous les coins
Y a des mômes qui tendent la main
Aux navires de pas-sage
Et si pour toi, là bas c'est l' paradis
Dis-toi qu'dans leur p'tite tête l'paradis
C'est ici hum! c'est ici
Sur toutes les plages de toutes les mers
Sur toutes les plages y a des mômes
Qui tournent le dos à leur mère
Sur toutes les plages, tous les pontons
Sur toutes les plages y a des p'tits garçons
Qui fixent l'horizon l'horizon
Et si pour toi, là bas c'est l'paradis
Dis-toi qu'dans leur p'tite tête l'paradis
C'est ici oui! c'est ici
Qui veut les prendre à bord
Pourquoi pas eux d'abord!
Ils sauront être forts
Et dans leur cœur pas de remords
Non, aucun remords
Et par un beau matin
Y'en a un plus malin
ou y'en a un plus fou
ou peut-être un plus beau
Qui prendra le bateau
Pour le je-ne-sais-où
Pour le soleil ou pour les sous
Dans tous les ports du monde
Dans tous les ports y a des vieux qui débarquent
Et qui vont sur les plages s'asseoir près des vieilles barques
Et si pour eux, la vie c'était pas l' paradis
Dis -toi que dans leur vieille tête l'paradis maintenant
C'est ici c'est ici
Sur toutes les plages y a des vieux
Qui regardent les mômes
Tendre la main aux bateaux
Ah ben tiens ! Et aussi, ça m'a redonné l'envie de replonger dans plein d'autres musiques et bouquins... A l'occasion, je vous ferai part de mes redécouvertes !!!
PS : Si Géraldine arrive à récupérer ses photos, je suis sûre que vous trouverez chez elle (voir lien ci-contre)de belles photos du concert !... hmmm... c'était trop bien !
18 septembre 2009
Pour se doper le moral... retour sur les vacances !
Cette année, après nos dix premiers mois sous les tropiques, nous avions donc décidé d'aller au frais ! Nous avions choisi Chamonix. Et nous n'avons pas regretté une seule minute !
Chose plutôt marrante, à peine arrivés, nous avons participé à une balade de découverte proposée par une accompagnatrice de moyenne montagne : sur un groupe de treize personnes, nous étions la bagatelle de neuf à vivre en Guadeloupe ! Avouez que le hasard est bizarre, non ?! Si je rajoute qu'une de ces personnes était un interlocuteur professionnel de mon homme et que tout cela était totalement fortuit, ça rajoute encore à la bizarrerie... Et quand, la semaine suivante, là encore sans aucune concertation, au pied d'une falaise "école" d'escalade que nous explorions en famille, nous avons retrouvé des amis qui faisaient de même, vous comprendrez que les bonnes surprises ont fait partie des vacances !
Je ne vous détaillerai pas le bonheur de nos trois semaines chamoniardes, mais un épisode nous a fait frissonner... Nos deux grands nous ont tanné pour faire ça :
Les boules !!!!!! Moi aussi, il y a une vingtaine d'année, l'idée m'avait séduite... Mais après avoir passé une après-midi sur une aire d'envol, cette idée m'avait alors semblée... totalement folle !... Et, malheureusement, je ne suis pas folle !!!
Vous comprenez l'angoisse qui m'a étreinte quand vous doublez ça de ma qualité de maman, et que vous quadruplez parce que ce sont deux de mes enfants qui ont décidé de me faire arrêter le coeur !!!
Et ils l'ont fait !!!! Même pas de pitié pour leur vieille mère... C'était les Dizan de Petichou, et les très bons résultats scolaires de Zébraillon (une idée de son père et, je vous rassure, on aurait bien trouvé un autre prétexte s'il avait fallu ;o)...) qui ont fait l'occasion des larons !!!
En vol, voilà ce que cela a donné :
Ca a de la gueule, non ???!!!
Et, je vais tout de suite vous rassurer : ils ont retrouvé le plancher des vaches sans encombre...
Ouf !!!
Pendant ce temps, j'emmenais le Zébulon, pas encore trop fou !, au Club des Pandas... Beaucoup plus à ma portée de maman-poule ! Quoique... ce jour-là ils ont fait du raft !!!
14 septembre 2009
Rentrée douloureuse...
Quand le présupposé éducatif du maître est que tous les enfants sont les mêmes, à savoir malhonnêtes et crétins, y a-t-il matière à discuter ?
Je vois assez mal.
Quand pour étayer ce point de vue, le maître s’aventure à donner des ordres stupides et s’offusque qu’ils ne soient pas compris, ni, donc, promptement exécutés, que peut-on légitimement en déduire ?
Que le maître prouve en fait que les enfants sont intelligents et ne peuvent imaginer que le maître leur donne un ordre aussi bête. Et soyons audacieuse et insolente, que le maître est bête…
Quant au bout de trois jours de classe un enfant hurle du fond de son lit qu’il ne veut pas quitter qu’il ne peut pas aller à l’école, que c’est au dessus de ses forces, que fait-on ?
On emmène son enfant pleurant chez le directeur pour que cela cesse.
Chance pour notre enfant : on est écouté et exaucé, il change de classe !
Mais on pleure pour tous ses camarades qui n’auront pas cette chance… Un passage chez le médecin scolaire pour l’alerter sur leur cas n’aura que peu d’influence je le crains… Au moins je n’aurai pas rien fait… C'est faible et j'en ai un peu honte...
07 septembre 2009
Pour rire...
Pour rire...parce que j'ai trop envie de pleurer aujourd'hui !
Il y a quelques temps, mon stock de bougies "métros" a fini de fondre... J'ai donc fait un réapprovisionnement... Et comme je suis une fille sérieuse, j'ai fait gaffe à ce que j'achetais... J'ai donc pris ça :
Contente de mon achat, j'ai planté fièrement deux bougies dans les bougeoirs vides...
... Quelques heures plus tard, SURPRISE !!!!!
Juré ! Il n'y a aucun trucage... Juste des bougies trop fatiguées par la chaleur ambiante !!!
03 septembre 2009
La rentrée...
Aujourd'hui, c'est la rentrée !!!
Enfin.... Il paraît......
Bon, hier, c'était celle de Zébraillon et cela s'est bien passé.... Son emploi du temps de 3e est correct et il a de nouveaux profs et une nouvelle classe.... Dès jeudi prochain, ils vont se balader à Sainte Anne pour faire du sport et parler de l'année à venir..... Vous l'avez deviné : son prof principal est son prof de sport ;-).......
Dès demain, il attaque les cours et aussi les devoirs sur table : au programme, deux heures d'évaluation en math ! Ce sera son lot de tous les vendredis après-midi : deux heures de DS pour finir la semaine !
Pour les deux autres, Petichou et Zébulon...... oh...... Faudrait pas se fouler trop ! Erika est passée par là, telle une petite tempête assez ridicule il faut quand même bien se l'avouer en toute lucidité : il a plu longtemps (de 2h du mat à 11h), oui, mais pas très fort, pas de vent ou presque pas sur la région pontoise... J'ai des souvenirs de tempêtes cherbourgeoises bien plus rudes et impressionnantes.....
Bref ! Je vous passe les tergiversations à l'école (le directeur est....... inexistant... Je tiens à rester polie ! Mais tout de même : les listes des enfants n'étaient même pas affichées près des classes, pas plus que les noms des enseignants, et il y en a la bagatelle d'une vingtaine !), à 8h15, j'ai ramené tout le monde à la maison.....
Aujourd'hui peut-êêtre, ou alors demain...........
27 août 2009
Découverte littéraire estivale
Le break de l'été, quand on a la très grande chance, comme nous, de pouvoir le faire, a ceci de bien qu'il permet enfin de se dégager l'esprit de la plupart des contingeances matérielles habituelles... Et il permet de furteter là où d'habitude on ne voit que des tas de vieilleries sans grandes valeurs...
Pour moi cet été ce fût dans un tas de vieux livres que j'ai mis les mains... Car, non Josy, je n'ai pas réussi à trouver le livre d'Olivier Maurel sur mes lieux de vacances (je vais donc le commander !)... Du coup, j'avais du temps et pas de livre à croquer... Cela n'a pas duré longtemps !
Mon coup de coeur va à un livre pas récent récent puisqu'écrit et publié avant que je ne vienne au monde, ce qui commence donc déjà à dater un max !!!
Il s'agit de "Partir avant le jour" de Julien Green (Grasset, 1963). C'est un texte autobiographique. Il y raconte sa petite enfance et son adolescence. Cela m'a beaucoup fait penser à "Enfance" de Nathalie Sarraute...
J'ai retenu cet extrait :
"Dieu parle avec une extrême douceur aux enfants et ce qu’il a à leur dire, il leur dit souvent sans parole. La création lui fournit le vocabulaire dont il a besoin, les feuilles, les nuages, l’eau qui coule, une tache de lumière. C’est un langage secret qui ne s’apprend pas dans les livres et que les enfants connaissent bien. A cause de cela, on les voit s’arrêter tout à coup au milieu de leurs occupations. On dit alors qu’ils sont distraits ou rêveurs. L’éducation corrige tout cela en nous le faisant désapprendre. On peut comparer les enfants à un vaste peuple qui aurait reçu un secret incommunicable et qui peu à peu l’oublie, sa destinée ayant été prise en main par des nations prétendues civilisées. Tel homme chargé d’honneurs ridicules meurt écrasé sous le poids des jours et la tête pleine d’un savoir futile, ayant oublié l’essentiel dont il avait l’intuition à l’âge de cinq ans. Pour ma part, j’ai su ce que savent les enfants et tous les raisonnements du monde n’ont pu m’arracher complètement ce quelque chose d’inexprimable. Les mots ne peuvent le décrire. Il se cache sous le seuil du langage, et sur cette terre il reste muet. "
(C'est beau, n'est-ce pas ? C'est dans le Massif du Mont Blanc, lieu merveileux de nos vacances familiales !)
Je crois bien que c'est grâce à ce langage-là que je trouve fascinante la compagnie des petits ! Et comme Green, je crois que je ne l'ai jamais totalement oublié et aussi, surtout, que mes enfants me l'ont réappris...
23 juin 2009
Une très jolie page d'écriture...
Cette affaire, dite de Tarnac, me laisse plus que perplexe et le moins que l'on puisse dire c'est que, pour le moment, la machine policière et judiciaire ne brille ici ni par sa transparence ni par son respect des droits fondamentaux...
Aujourd'hui, une des protagonistes s'exprime, et elle le fait très bien. Je vous invite à lire la tribune d'Yildune Lévy, elle y parle un langage profondément humain. Cette lecture achevée, elle interroge sur l'effective logique de ce qui apparait relever de plus en plus d'un acharnement à détruire une bien confidentielle ébauche de modèle de vie et d'organisation sociale allant à l'encontre du modèle dominant...
(Collonges la Rouge, février 2007)
On peut ensuite s'interroger sur l'efficacité de cette opération : pour ma prt, j'ignorais ce lieu de vie, cette aventure qui restaient privés ; désormais, rendus publics, ils me sont plus que sympathiques... Bon, le fait que ce soit en Corrèze y contribue un brin, il faut bien l'avouer ;o)...
21 juin 2009
Tag tics textile !!!
Bon, ben, ça revient ! C'est la Dilettante qui remet le couvert ;o)... Mais avec une spécificité : Habitudes, manies et tics... de couturière / tricoteuse... Je ne suis une acharnée ni de la première ni de la deuxième activité, mais une amatrice quand même ! Alors je vais voir si je trouve six histoires à raconter sur ce sujet...
1. Je me fais des idées tellement précises de ce que je veux faire que, soit je laisse tomber avant de passer à la réalisation (soupir !), soit je me lance depuis la R&D jusqu'à la réalisation... ce qui veut dire concrètement que j'utilise très rarement des patrons ou autres modèles... Je croquette, je mesure, je calcule, je visualise dans l'espace, et je me lance !!!
2. Du coup, je suis de celles qui ont quand même besoin de se rassurer un peu en traçant les futures coutures à même les tissus... Ensuite, j'épingle soigneusement, mais je ne bâtis pas...
3. Je n'ai pas de coin "à moi", donc mes ateliers sont compacts et pliables rapidement... Je squatte la table familiale, donc je suis très méticuleuse par rapport aux fils et autres petits déchets de tissus ou de laine : je les rassemble au fur et à mesure à un endroit où le ventilateur ne les éparpillera pas (ça c'est la variante tropicale de mon tic de feignante (cf. ci-dessous dans le précédent tag ;o)...), calés sous les ciseaux...
4. Avec tout à mes projets non encore réalisés de patchworks et d'appliqués, je garde tout bout de tissus d'une surface supérieure à 5cm²... J'ai un grand sac de tissus et une boîte à chaussures pour les trop petits morceaux... J'y mets même des parties de vêtements usés dont le reste part à la poubelle... Mon chéri hallucine parfois :o) !!!!
5. En matière de tricot, j'ai la pénible habitude de commencer, de presque finir sur la lancée, et de laisser en plan les finitions (ou les rectifications)... Mon plus long ouvrage a duré vingt ans !!! Si si !!!! Plusieurs pulls ont été commencés pour un enfant et donnés à l'autre... Et en parcourant ce blog, je suis sûre que vous pourriez me demander des nouvelles de réalisation en cours !!!
6. Heu........ Je sèche là ! En fait, j'ai l'estomac dans les talons et ça n'aide pas à se concentrer... Ah si ! J'ai du mal à flasher sur les tissus en rouleau dans les magasins et pourtant je trouve souvent les réalisations des copines très très réussies, y compris dans les choix de tissus... C'est un mystère pour moi !
Bon allez, je passe le tag à Fanny, Kriss, et à qui veut en fait !!!
Chouette, je vais pouvoir aller manger et aller à la plage pour donner mon pain dur aux poules ;-)...
20 juin 2009
Oui, la nature humaine est bonne !
Je n'ai pas encore eu l'occasion de le tenir entre les mains et, donc, encore moins eu l'occasion de le lire, mais je sais qu'il sera une de mes lectures de l'été !
Voici un résumé :
" Fessées, gifles, calottes, tapes ou bastonnades. Dans beaucoup de pays, les enquêtes les plus sérieuses montrent que plus de 80% des enfants subissent encore des méthodes éducatives violentes. Or, si étonnant que cela puisse paraître, aucun grand philosophe n'a tenu compte dans sa réflexion sur la nature humaine des conséquences de ce dressage violent infligé depuis des millénaires à la majorité des êtres humains au moment où leur cerveau est en formation.
Pire : dans les religions, dans les conceptions philosophiques, et aujourd'hui encore dans la psychanalyse, tout se passe comme si l'origine de la violence et de la cruauté humaines était dans la nature même des enfants. Pourtant, les recherches les plus récentes ont révélé chez lui des compétences - attachement, empathie, imitation - qui en font un être remarquablement doué pour la vie sociale. La source de la violence et de la cruauté humaines réside-t-elle dans la nature des enfants, c'est-à-dire dans notre nature, ou dans la méthode qu'on a utilisée de tous temps pour les élever ? C'est à cette question que répond Olivier Maurel, en s'appuyant sur les recherches d'Alice Miller et les plus récentes découvertes de la neurologie.
Après la lecture de ce plaidoyer inédit, il sera difficile de continuer à appeler " éducation " le fait de frapper un enfant. "
Et voici ce qu'en dit Nancy Huston, dans Le Monde des Livres du 18 juin 2009 :
" QUI CHATIE BIEN FAIT BEAUCOUP DE MAL...
Le titre (qui n'est pas de l'auteur) fait frémir. La thèse (que résume le sous-titre) fait pouffer. C'est tellement énorme, se dit-on, que ce doit être simpliste, donc faux. Nous voilà au coeur du problème : l'espèce humaine est cette étrange espèce qui aime dire et entendre dire du mal d'elle-même, croire sa nature mauvaise plutôt que bonne.
Olivier Maurel, auteur d'un précédent ouvrage sur la fessée, explore ici tous les tenants et aboutissants du thème de la violence éducative. Une fois que l'on en a entamé la lecture, on cesse de pouffer et on écoute. On se souvient, peut-être, de l'enfant qu'on a été, et des coups que l'on a reçus. On apprend que, partout dans le monde, "80 à 90 % des enfants sont soumis à la violence éducative pratiquée dans leur pays".
Ainsi, la première leçon d'éthique inculquée aux petits humains est-elle une leçon paradoxale : le fort a le droit de faire mal au faible, serait-ce pour lui apprendre à ne jamais faire mal à plus faible que soi ! Le mépris des enfants suscite, chez les enfants méprisés devenus adultes, le mépris des enfants. D'où un refus de prendre au sérieux leur souffrance, et une tendance à la perpétuer, dans un des plus vieux cercles vicieux du monde.
BOUSSOLE INTÉRIEURE PERTURBÉE
Le cerveau de l'enfant est justement en train de se former. Secoué, choqué, déstabilisé par la violence, incapable de critiquer ceux qui la lui infligent, dont il dépend entièrement pour sa survie, l'enfant tourne son stress contre lui-même, avec des résultats désastreux pour sa santé physique et mentale. Sa boussole intérieure est perturbée. Ses pensées se scindent de ses émotions et il apprend à ne plus éprouver de la compassion, d'abord pour lui-même, ensuite pour les autres.
En une fresque magistrale, Maurel passe en revue la philosophie, les religions, les traités d'éducation et la littérature, de l'Antiquité à nos jours. Il montre comment les trois monothéismes ont élaboré le concept d'un Dieu paternel et punissant, modèle et justification des pères réels châtiant leurs enfants. Les garçons sont plus frappés que les filles, précisément pour qu'ils ne deviennent pas des "femmelettes".
Alors que Jésus incarnait à cet égard une attitude révolutionnaire ("Si vous ne devenez pas comme des petits enfants, vous n'entrerez pas au royaume des cieux"), saint Augustin - après s'être amèrement plaint des châtiments subis pendant sa scolarité - formulera le dogme du péché originel qui fera de chaque humain à la naissance un être mauvais, devant être contraint par la force à emprunter la voie du Bien.
Le chapitre le plus lumineux du livre est peut-être celui qui rapproche ce dogme chrétien de celui, psychanalytique, du complexe d'Œdipe. En décidant de ne plus croire aux abus sexuels subis par ses patient(e)s, Freud opère un retournement spectaculaire : alors que les vrais fautifs étaient les pères, le coupable désigné sera l'enfant. Ce ne sont pas les adultes qui violent ou maltraitent leurs rejetons, mais ceux-ci, "pervers polymorphes", qui rêvent d'inceste et de parricide. D'où, pour Freud, cette certitude : "Il faut que l'éducation inhibe, interdise, réprime."
IMPRESSIONNANTS PÈRES SÉVÈRES
Les conséquences de cette misopédie généralisée sont ahurissantes mais prévisibles. Un garçon battu aura plus de chances de battre sa femme et ses enfants ; une fille battue, de devenir une femme battue et de battre ses enfants. Ont été des enfants gravement maltraités, non seulement la quasi-totalité des délinquants et des criminels, mais aussi les hommes politiques s'arrimant à des idéologies virulentes et désignant à leur tour des boucs émissaires à éliminer, de Milosevic à Hitler, Staline ou Mao. On n'aime pas entendre cela. On est tellement impressionné par ces "pères sévères" que la seule idée de chercher à expliquer leurs méfaits par leur enfance nous frustre de notre colère. On est tellement fasciné par l'horreur d'Auschwitz qu'on préfère ou bien la sacraliser en décrétant qu'elle est incompréhensible, qu'"il n'y a pas de pourquoi" - ou, au contraire, la banaliser en prétendant que tout un chacun est susceptible de devenir bourreau.
Si on lit le livre d'Olivier Maurel, on ne pourra plus raisonner ainsi. On apprendra, d'une part, que toutes les populations s'étant livrées à des génocides avaient reçu une éducation basée sur la discipline, la punition, l'obéissance aveugle, et, d'autre part, que les individus ayant refusé de collaborer au déploiement du mal extrême, ayant préservé leur compassion (les "Justes" par exemple), avaient vécu, petits, dans la tendresse et le respect de leur entourage.
Certes, malgré la puissance des arguments de Maurel et la pléthore de ses preuves, plusieurs questions restent sans réponse. Quid, par exemple, des parents permissifs, dont les enfants peuvent être ultraviolents ? Quid de la violence comme preuve de liberté, chère à l'Homme du souterrain de Dostoïevski ? Quid, surtout, des autres causes de la violence ? Car celle-ci, pour les êtres fabulateurs que nous sommes, est une source inépuisable d'histoires, d'intrigues, de rebondissements et d'effets inattendus. Bien plus que la création (qui, elle, est toujours lente et laborieuse, toujours partielle), la destruction - instantanée, spectaculaire - nous donne un accès rapide et euphorisant à la toute-puissance divine.
Oui la nature humaine est bonne ! soulève un sacré lièvre. Il faut surmonter ses résistances, le lire et le faire lire. C'est un de ces rares ouvrages qui, bien compris, pourrait infléchir l'Histoire. "
J'ai beau être parfaitement convaincue par cette thèse depuis longtemps, c'est toujours bon de puiser de nouvelles données, de nouveaux arguments pour consolider ce qui s'apparente à une ligne de conduite difficile à tenir pour une maman confrontée en permanence à un modèle dominant en quasi-constante opposition avec ce que l'on perçoit juste...
Difficile à tenir parce que dans la vie quotidienne, les gestes et paroles impulsifs, tout droit sortis de la bouche de nos propres parents sont parfois en inadéquation avec cette ligne de conduite...
Difficile à tenir parce que, quand tel est le cas, il est difficile de trouver à la fois une oreille bienveillante pour soi ET des conseils bienveillants pour nos enfants...
Difficile à tenir parce qu'on est toujours tenter de vouloir façonner nos enfants en fonction de nos espoirs, de nos désirs et qu'il est parfois difficile de faire la part des choses entre le respect dû à leur personne et l'image que l'on se fait de notre "mission" envers eux...
Difficile à tenir parce qu'on se rend compte que le respect de l'intégrité physique ne suffit pas, que ce n'est qu'un tout petit point de départ, qui mène sur des sentiers si peu battus qu'ils effraient... Il faut être audacieux pour ne pas craindre de se perdre, et il est parfois plus simple de rejoindre le flux rassurant de la bienséance aveugle...
Difficile à tenir parce que les observateurs de votre exploration se sentent bien souvent agressés par votre audace et pensent à tort que vous vous engagez dans la voie de la facilité, alors que vous vivez l'exact inverse...
Difficile à tenir parce qu'il est tellement plus confortable de couper l'empathie envers vos enfants que de la ressentir à chaque instant...
Voilà pourquoi je compte sur cette lecture estivale pour me conforter et me réconforter : la voie que j'ai choisi de vivre n'est pas absurde et, si ses bienfaits n'en sont pas immédiats, je me console en pensant que les petits ruisseaux font de grandes rivières...
J'ai trois fils, je ne cherche à n'en faire ni des femmelettes ni des caïds juste des personnes capables d'empathie et de bienveillance envers leurs semblables... Vaste tache ;o)...












